Focus technique - octobre 2025

Peinture intumescente

Focus technique – octobre 2025

Les enduits de protection incendie, dont les peintures intumescentes, les mortiers de projection, les retardateurs, etc. constituent une solution passive de protection incendie en alternative aux solutions de caissonnage ou de surdimensionnement des sections. En effet, ils peuvent selon les cas, améliorer le comportement au feu des matériaux de construction ou la résistance de la structure porteuse. Sous l’effet de la chaleur (env. 150°C), le produit intumescent gonfle jusqu’à cinquante fois son épaisseur et se ransforme en une mousse carbonée rigide. Cette couche mousseuse, très isolante, ralentit la montée en température de la structure (acier, bois ou béton) et lui évite d’atteindre le seuil critique de perte de résistance ou d’inflammation. Ce type de produits peut notamment allonger le temps à disposition pour l’évacuation et l’intervention des pompiers, sans ajouter de poids ni modifier l’esthétique d’un bâtiment.

Réglementation et normes applicables

Les directives AEAI en vigueur, et notamment les directives 11-15 et 13-15, précisent le cadre d’application pour ces produits.

D’une manière systématique, l’utilisation de peintures intumescentes doit être soumise à l’approbation de l’autorité de protection incendie. L’emploi de tels produits a également un impact sur le degré d’assurance qualité du projet puisqu’indépendamment de la hauteur ou de l’affectation du bâtiment, le degré d’assurance qualité sera au minimum DAQ 2.

Selon les normes EN, les éléments de construction métalliques qui garantissent la résis­tance au feu requise en combinaison avec des peintures intumescentes appartiennent aux classes de résistance au feu R 30 ou R 60. Selon le système de l’AEAI, les peintures intumescentes appliquées sur des éléments de construction qui contribuent à la résistance au feu appartiennent aux classes de résistance au feu F 30 ou F 60.

Par conséquent, une résistance au feu au-delà de 60 min. ne peut pas être pro­­posée via une peinture intumescente dans le cadre d’un concept standard.

Enfin, leur efficacité doit être également garantie en cas de feu couvant. La résistance au vieillissement et aux intempéries, l’adhérence à l’élément de construction et la protection contre la corrosion doivent être démontrées. Les peintures intumescentes ne doivent pas s’enflammer et doivent empêcher un échauffement excessif de l’élément de construction.

Procédure d’autorisation et de validation

Pour l’utilisation de systèmes de peintures intumescentes, une autorisation propre à chaque ouvrage doit être demandée par le RAQ à l’autorité compétente de protection incendie (avant les travaux).

La division prévention de l’ECA reste en appui technique des autorités communales si nécessaire.

La planification, la mise en œuvre, le contrôle et la réception également ainsi que l’entretien des peintures intumescentes sont définies par un état de la technique: SZS 2.5:2017

Celui-ci rappelle également les rôles et les tâches de chacun des intervenants, du maître de l’ouvrage à l’applicateur et de la phase de planification jusqu’à l’exploitation. (Entretien et maintenance).

Planification et exécution

Les instructions d’utilisation du détenteur du système sont obligatoires pour la planification et l’exécution.

Le système utilisé doit être publié soit dans le Répertoire suisse de protection incendie de l’AEAI, soit mis sur le marché avec déclaration de performance ou approuvé comme cas individuel par les autorités cantonales de protection incendie.

Le choix du système se fera principalement en fonction du support:

  • Sur acier (cas principal), les facteurs principaux qui influencent le choix sont: l’environnement/exposition (intérieur sec ou extérieur, la catégorie de corrosivité C1–C5 (exigence d’un primaire et souvent d’une finition système), la géométrie du profil (facteur de massivité Am/V qui impacte l’épaisseur), la compatibilité avec primaires et/ou anciens revêtements, la qualité du support existant, l’esthétique (teintes et/ ou finitions disponibles) ainsi que les contraintes de chantier (température, humidité, temps de séchage jusqu’à l’épaisseur «durcie» qui peut prendre des semaines).
  • Sur bois (cas particulier), les peintures sont surtout utilisées pour améliorer la réaction au feu (viser une classe RF 2 pour les surfaces visibles); leur contribution n’est admise que si elle est explicitement reconnue dans le renseignement technique de l’AEAI ou dans la déclaration de performance du fabricant.
  • Sur béton, l’usage structurel est rare et principalement dans le cadre de rénovation; les enduits (floconnage, enduit projeté, etc.) ne sont employés que s’ils sont explicitement reconnus dans le renseignement technique de l’AEAI ou dans la déclaration de performance du fabricant. Enfin, selon l’état de la technique, l’exécution (application) ne peut être en principe effectuée que sous la supervision d’un applicateur certifié AEAI.

Limites et contraintes

Restrictions techniques en particulier pour l’utilisation sur acier:

  • milieux humides/agressifs (≥ C3): seulement avec système explicitement homologué
  • temps de durcissement long: mesurer l’épaisseur après durcissement, pas le jour J (peut nécessiter plusieurs jours)
  • espace libre indispensable pour le gonflement: pas de capotage, doublage ou fixations qui bloquent l’expansion
  • protections antichocs nécessaires dans les zones exposées à des dégradations mécaniques (ex : lieu de passage fréquent avec des marchandises, ou des engins de manutention, etc.)
  • stratigraphie fermée: couche de primaire, couche de produit réactif et couche de finition mises en œuvre strictement selon la notice de pose de fabricant (aucune couche «en plus »)
  • applicable sur des éléments linéaires

Durée de vie, maintenance et rénovation

Le propriétaire reste le premier responsable: il doit en principe recevoir à la réception dans le dossier d’assurance qualité le dossier technique de réalisation et les consignes d’entretien. Cet entretien consiste notamment en des contrôles visuels annuels. Après sinistres ou travaux, un contrôle d’expert est nécessaire.

En cas de dégradations (éclats, cloques, rouille), un applicateur certifié AEAI doit effectuer les réparations selon les prescriptions du fabricant. En règle générale, une dégradation d’un diamètre > 25 mm
nécessite une réparation immédiate. En cas de rénovation l’application doit suivre un processus bien défini: une simple surcouche n’est pas envisageable. Les systèmes de peinture intumescente doivent être entretenus selon les instructions relatives à l’entretien (cf. annexe 3 de l’état de la technique précité).

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