
Points clés
- le réseau d’eau potable a une double fonction: alimentation en eau des usagers et défense incendie
- l’ECA veille à garantir la mise à disposition de moyens d’extinction pour les pompiers en fixant les exigences techniques et en appuyant financièrement les distributeurs d’eau (entités communales) qui sont responsables de l’intégralité des infrastructures d’eau potable (jusqu’aux bornes hydrantes)
Mission
Dans le cadre de sa mission de prévention et de réduction des dommages liés à l’incendie, l’ECA définit les standards techniques des installations de défense incendie. Les réseaux d’eau potable en constituent le pilier essentiel, garantissant l’extinction sur tout le territoire bâti.
Pour soutenir cet engagement, l’ECA participe financièrement depuis près d’un siècle à l’extension et à la modernisation des réseaux d’eau communaux et intercommunaux, assurant ainsi un approvisionnement en eau suffisant en cas de sinistre.
Cet article a pour but de mettre en lumière les enjeux et responsabilités de l’Etablissement et des autres partenaires cantonaux et communaux liés à ces installations de distribution d’eau potable, dont l’importance reste souvent méconnue du grand public.
Cadre légal défense incendie
Du point de vue légal, la Loi sur le service de défense contre l’incendie et de secours (LSDIS – 2010) stipule dans son article 4, alinéa 4 que «l'ECA établit les normes concernant les effectifs, les équipements, matériel et véhicules, les réseaux d'alarme, les réseaux radios, les réseaux d'eau d'extinction et les installations de défense contre l'incendie».
Le règlement d’application qui découle de cette loi (RLSDIS) stipule plus précisément, dans son chapitre dédié aux réseaux d’eau, les équipements exigés et contraintes à respecter pour pouvoir assurer cette défense.
On peut citer notamment l’article 8 «Les réseaux d'eau d'extinction doivent être équipés de bornes hydrantes accessibles et visibles en tout temps et alimentées en eau sous pression en permanence»; «Ils doivent également disposer de réserves incendie, maintenues en permanence, qui ne peuvent pas être utilisées pour un autre usage».
Cadre légal réseaux d’eau
En parallèle de ces instruments législatifs propres à la défense incendie, la Loi vaudoise sur la distribution de l’eau (LDE) entérine cette fonction fondamentale du réseau d’eau potable dans son article 1, alinéa 1: «Les communes sont tenues de fournir l'eau nécessaire à la consommation (eau potable) et à la lutte contre le feu dans les zones à bâtir et les zones spéciales qui autorisent la construction de bâtiments, conformément à la législation sur l'aménagement du territoire et les constructions».
L’article 8 ancre la responsabilité communale du point de vue de la gestion de ces installations «La commune fait construire et entretenir les installations principales (ouvrages de captage, de traitement, de pompage, d'adduction, de stockage et réseau principal de distribution en principe jusqu'aux bornes hydrantes)».
Pour pouvoir mener à bien cette mission et prévoir les installations nécessaires et judicieusement dimensionnées, les communes ou regroupements de communes doivent établir leur Plan Directeur de la Distribution de l’Eau (art. 7a de la LDE). Celui-ci sert de feuille de route au distributeur et doit être validé par l’Office de la consommation (OFCO - Vaud) pour les enjeux qualitatifs et l’ECA (prévention) pour les aspects de dimensionnement incendie.
Sur la base des orientations définies par le plan directeur, les projets d'ouvrages et de pose de conduites peuvent être lancés. Conformément à l'article 7b de la LDE, ces projets sont soumis à une enquête publique et à l'approbation des instances cantonales, après consultation des services de l'État concernés par les zones de travaux.
La soumission des projets se fait via une plateforme commune APREAU (Annonce de Projet Réseau d’EAU), hébergée sur le site de l’ECA.
Participations financières
En parallèle de la phase d’approbation, l’ECA se détermine sur le montant de la participation financière à allouer. En effet, de par son Règlement sur la participation aux frais de prévention contre l’incendie et les éléments naturels (RPFPIEN), l’élaboration des plans directeurs et l’ensemble des installations principales de distribution peuvent bénéficier de participations financières.
Les équipements pris en charge par l’Etablissement vont des conduites de captage de source et/ou usines de prise d’eau du lac, en passant par les réservoirs de stockage, les stations de pompage, les conduites de transport et distribution, jusqu’aux bornes hydrantes.
Les taux de participation financière qui s’appliquent varient en fonction du type d’objet, ainsi que du point d’imposition communal.
Au cours des 5 dernières années, l’ECA a octroyé 55,8 millions de francs pour les travaux concernant les réseaux d’eau soit, en moyenne, plus de 11 millions de francs par année.
Réseaux d’eau potable: éléments phares et exigences en lien avec la défense incendie
ℹ️ La construction des réseaux doit respecter les directives de la société faîtière pour le domaine de l’eau SVGW (Association professionnelle des distributeurs de gaz, d’eau et de chaleur à distance).
Un réseau de distribution est composé, de manière très synthétique, d’un ouvrage de tête (réservoir) connecté à un réseau de conduites sous pression, sur lesquelles sont connectées les bornes hydrantes et les différents usagers.
Au sein de ce réseau, les 3 éléments phares que sont le réservoir (1), les conduites de transport et distribution (2) et les bornes hydrantes (3) doivent répondre à des exigences spécifiques pour la défense incendie.
Illustration en images
1- Le réservoir
Il est généralement composé de deux cuves, chacune étant subdivisée en deux parties – la partie basse qui constitue la réserve incendie (RI) et la partie haute pour la réserve d’alimentation (RA).
La partie du volume dédiée spécifiquement à l’incendie (RI) doit être disponible en tout temps. Ceci est rendu possible par l’apposition d’un col de cygne (dispositif en forme de siphon inversé) sur la conduite de sortie de réservoir. Ce volume incendie n’est alors mobilisable que par ouverture d’une vanne incendie qui doit être facilement identifiable et généralement pilotable à distance.
Le volume de réserve incendie est fixé en fonction du type de zone (affectation) desservie par le réservoir et varie généralement de 150 à 600 m³; il doit permettre un soutirage au débit requis pendant environ 90 minutes.
2- Les conduites de transport et distribution
Elles doivent être dimensionnées dans un diamètre suffisamment important pour pouvoir permettre de faire circuler les débits incendie à pression suffisante (diamètre minimum 125mm exigé pour les conduites alimentant les hydrantes), mais sans surdimensionnement pour permettre un renouvellement correct de l’eau et ne pas en péjorer sa qualité.
L’organisation des conduites peut être sous forme d’un réseau ramifié (en étoile), l'eau arrivant d'une seule direction, ou sous forme de réseau maillé (bouclé). Cette seconde configuration est à privilégier au maximum car elle permet une alimentation en eau plus stable depuis deux directions.
3- Les bornes hydrantes (BHs)
Située en extrémité de réseau, la BH est l’organe qui permet aux pompiers de venir exploiter les volumes d’eau disponibles à des fins d’extinction.
Elle est constituée de 3 parties:
- la partie supérieure (à fleur du terrain naturel)
- la partie inférieure
- le coude d’entrée (venant se connecter à la conduite réseau en partie souterraine)
Elles doivent être judicieusement placées, bien visibles et accessibles, idéalement à proximité des croisements routiers, distantes de 60 à 80m en zone ville, jusqu’à 200m en zone peu dense, disposées en alternance de la route pour limiter les traversées avec des conduites souples par les pompiers.
L’emplacement doit être validé avec le SDIS local, et pour les lieux complexes et/ou sur demande des SDIS, avec l’inspecteur régional DDIS ECA.
Afin de centraliser les informations liées à ces bornes hydrantes et ainsi permettre aux pompiers de mieux anticiper/préparer les interventions, l’ECA a développé, en collaboration avec l’Office de la consommation du canton de Vaud, une base de données cantonale des bornes hydrantes.
Elle permet de localiser les bornes sur tout le territoire vaudois et contient également leurs caractéristiques détaillées: matériel, âge et caractéristiques hydrauliques, soit la «performance» du réseau via la valeur de débit soutirable à la pression de travail des pompiers. Ces informations hydrauliques se retrouvent aussi physiquement sur la borne elle-même, conformément à la directive ECA sur le sujet, par le biais d’une plaquette apposée au droit de la borne.
L’introduction et la mise à jour régulière de ces données incombent aux distributeurs d’eau (entités communales) qui sont responsables de ces organes de réseau.
Organisation de la défense incendie autour des réseaux d’eau
ℹ️ Les recommandations et lignes directrices pour le domaine des interventions pompier sont édictées par la CSSP (Coordination Suisse des Sapeurs-Pompiers)
La stratégie d'intervention globale s'articule autour de la mission permanente des sapeurs-pompiers:
- sécuriser
- sauver
- tenir
- protéger
- maîtriser
Pour l'extinction, les secours s'appuient prioritairement sur le réseau d’eau potable (plus précisément la capacité de la réserve incendie et les performances du réseau) via les BHs qui doivent rester accessibles et utilisables sans restriction.
Après avoir sécurisé et sauvé, la stratégie s'articule autour du choix tactique entre «tenir» ou «maîtriser» l’événement. Le choix de l'orientation dépend de l'appréciation de la situation par le chef de groupe, qui doit déterminer si les moyens en personnel et en matériel (notamment le débit d'eau disponible aux bornes hydrantes) sont suffisants pour venir à bout du sinistre ou s'ils permettent seulement d'en limiter l'extension. Il peut s’appuyer pour cela sur les données aux BHs mises à disposition.
«Tenir»
«Tenir» consiste à éviter l’escalade, à circonscrire l’événement et à stabiliser la situation pour empêcher que le feu ne se propage à des parties encore intactes. Cette orientation est privilégiée lorsque les ressources en eau ou le personnel sont limités dans un premier temps.
Le véhicule tonne-pompe (TP), qui est l'engin permettant une attaque immédiate du feu, sera déployé. Sa réserve étant limitée, il doit être raccordé sans délai au réseau pour garantir la continuité de l’extinction.
«Maîtriser»
«Maîtriser» a pour but de venir à bout de l’événement (extinction complète) avec les moyens disponibles. Cette phase d'extinction active nécessite des moyens plus conséquents pour absorber la chaleur et étouffer les flammes. Pour garantir l'efficacité de cette attaque, l'engagement d'une motopompe (MP) est souvent nécessaire afin de fournir la pression adéquate aux lances et aux canons ou de transporter l'eau sur de longues distances.
Cette manœuvre nécessite une coordination étroite avec le distributeur d’eau local car le déblocage des réserves incendie déclenche systématiquement une alarme et va nécessiter de venir réapprovisionner le réservoir communal.
Cette stratégie impose une réflexion sur la rationalité des moyens engagés face au gain escompté.
Enfin, l'efficacité de l'intervention reste tributaire des contraintes environnementales (visibilité nocturne, vent fort ou bise), du dénivelé, des contraintes techniques liées au type de bâtiment et au risque de propagation en cascade.
«Tenir»
800 litres par minute avec 2 lances
«Maîtriser»
4000 litres par minute avec 2 canons à eau
Réalité terrain: demandes de permis de construire (CAMAC)
L’ECA veille à l’application des normes de sécurité contre les incendies également lors de l’octroi des permis de construire.
Au-delà des aspects constructifs et techniques propres au bâtiment (respect des prescriptions de protection incendie AEAI), la division prévention de l'ECA va s’assurer que les nouvelles constructions ou transformations, qui sont de sa compétence, disposent, à distance raisonnable, de BHs performantes pour l’extinction.
Deux situations se présentent:
En secteur zone à bâtir
Un réseau d’eau potable bien dimensionné et équipé de bornes est généralement déjà existant. Dans le cas de nouveaux plans de quartier, de nouvelles BHs peuvent éventuellement être exigées par l’Etablissement.
Au sein de la zone à bâtir, les zones industrielles représentent un enjeu plus conséquent; en effet, certains bâtiments ont l’obligation légale de s’équiper de sprinklers, qui sont eux aussi raccordés directement au réseau d’eau potable, et présentent des besoins très importants (jusqu’à 9000 l/min).
Sur ces objets-là, il faut donc s’assurer de disposer d’un réseau suffisamment performant et fiable permettant de satisfaire à la fois le besoin sprinkler et le besoin pompier aux BHs.
Hors zone à bâtir
Il s’agit là de secteurs où il n’y a aucune obligation légale d’avoir un réseau permettant la défense incendie et où il peut donc n’y avoir aucune BH; il s’agit généralement de chalets d’alpage ou d’exploitations agricoles.
Dans ces cas, l’ECA peut exiger, lors de la phase de consultation CAMAC, la mise en place d’une BH ou d’une réserve incendie indépendante sur la parcelle. Des échanges entre le porteur de travaux et l’ECA (les mesures proposées sont soumises à l’inspectorat cantonal de la division défense incendie et secours, validé par l’expert incendie prévention) sont initiés afin d’arriver à la mise en place d’une solution proportionnée au regard du risque incendie réel.
Conclusion
La défense incendie en Suisse repose donc principalement sur les réseaux d’eau potable, qui sont conçus pour cet usage. Cette double fonctionnalité est totalement pertinente puisqu’un réseau unique de conduite permet d’avoir de l’eau sous pression, à la fois pour les usagers et les pompiers. Seul un dimensionnement des conduites et des ouvrages légèrement plus grand est nécessaire (afin de répondre aux enjeux incendie), mais sans engendrer de surcoûts majeurs, ni de surconsommation d’eau (l’eau n’étant utilisée qu’en cas d’évènements).
L’ECA joue un rôle central dans la création et la modernisation de ces installations, à la fois du point de vue validation, exigence technique mais aussi financement.
Le positionnement de l’Etablissement est de toujours veiller à disposer des justes ressources – en faisant la pesée d’intérêt entre proportionnalité et risques.
Type d’organisation des distributeurs d’eau sur le canton de Vaud
La distribution de l’eau sur le canton est à la charge des communes. Différents modes d’organisation sont toutefois possibles. La carte présente le panel de situations rencontrées sur le sol vaudois.

Article rédigé par Christelle Level, Responsable participations financières.
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Notre division prévention est à votre disposition pour répondre à toutes vos questions.
