Etude de cas - septembre 2026

Construction bois et protection incendie

Etude de cas – septembre 2026

Contexte

À l’échelle internationale comme dans le canton de Vaud, la construction bois connaît un développement important. Elle n’est plus réservée aux chalets ou aux villas individuelles, mais s’applique désormais à des bâtiments administratifs ou scolaires de plusieurs niveaux, ainsi qu’à certains projets de bâtiments élevés, sous réserve d’une conception, d’une justification et d’une assurance qualité adaptée. Cette évolution est portée par les objectifs de durabilité, la préfabrication, les performances techniques des produits bois modernes et une meilleure connaissance de leur comportement au feu.

Le bois reste toutefois un matériau combustible et doit être traité comme tel dans l’analyse de risque. Les retours d’expérience internationaux montrent que les sinistres impliquant des bâtiments en bois ne remettent pas en cause ce mode constructif par principe, mais qu’ils font ressortir des points de vigilance récurrents. Les espaces creux, les lames d’air, les raccords, les traversées et les revêtements de protection peuvent permettre un développement du feu peu visible, parfois éloigné du point de départ. Dans certains cas, l’intervention des sapeurs-pompiers nécessite alors l’ouverture ou la déconstruction partielle d’éléments pour atteindre les foyers cachés.

Ces constats renforcent l’importance d’une approche globale du système constructif. Les essais grandeur nature, les méthodes de dimensionnement au feu, la maîtrise de la carbonisation, la protection par revêtements adaptés, la protection des assemblages et l’assurance qualité permettent aujourd’hui de concevoir des bâtiments bois atteignant un niveau de sécurité élevé. Encore faut-il que le dossier permette de comprendre où se trouvent les matériaux combustibles, comment ils sont protégés et comment les interfaces sont traitées.

En Suisse, cette évolution s’inscrit dans un cadre structuré par les prescriptions AEAI et par la documentation Lignum protection incendie, qui constitue une référence technique reconnue pour la planification, la justification et l’assurance qualité des constructions bois. Dans le canton de Vaud, l’augmentation des projets en bois impose aux propriétaires, planificateurs, responsables assurance qualité et autorités cantonales et communales une attention particulière dès les premières phases du projet, afin de vérifier que les choix architecturaux, constructifs et techniques restent cohérents avec les objectifs de protection incendie, en conception, en exécution et en exploitation.

Cadre réglementaire et technique

Les prescriptions de protection incendie AEAI 2015 constituent le cadre applicable. Elles définissent les objectifs de protection, les exigences de résistance au feu, de compartimentage, de réaction au feu, d’évacuation, de technique du bâtiment, d’assurance qualité et d’organisation. La documentation Lignum constitue une référence technique importante pour la construction bois en Suisse, notamment pour les solutions de planification et les justifications reconnues.

Ne pas confondre «réaction au feu» et «résistance au feu»

La réaction au feu décrit la contribution d’un matériau au départ et au développement de l’incendie. La résistance au feu vise la capacité d’un élément à conserver ses fonctions pendant une durée donnée. Dans une construction bois, les deux notions doivent être traitées séparément: une structure peut présenter une résistance au feu démontrée, tout en participant à la charge thermique si elle reste apparente.

Exemple d'analyse

Bâtiment d’habitation de moyenne hauteur, avec structure bois, voie d’évacuation horizontale et verticale, façade bois ventilée, locaux techniques et garage pour véhicule à moteur en sous-sol. Le dossier est soumis à la commune; le RAQ doit justifier les éléments porteurs, les surfaces bois apparentes, les raccords, les traversées et la phase chantier.

Remarque:
L’analyse ne doit pas s’arrêter à la présence du bois. Elle doit démontrer que le bâtiment, dans son ensemble, atteint le niveau de sécurité attendu. La construction bois est particulièrement sensible aux interfaces et lors de la phase chantier: ce sont souvent les zones de contact entre éléments, les percements, les modifications de chantier et travaux par point chaud qui fragilisent le concept initial.

A. Organisation du projet

Avant d’évoquer l’analyse des aspects constructifs et techniques, une réelle coordination doit impérativement être mise en place entre les différents acteurs du projet dès les premières phases de planification et faire l’objet d’un suivi pendant la réalisation:

B. Mesures constructives et techniques

Structure et éléments formant compartiments coupe-feu combustibles

Question concrète:

  • la résistance au feu des éléments bois est-elle justifiée pour la durée requise?

Documents attendus:

  • note de calcul
  • essai
  • homologation
  • solution reconnue

Bois apparent et revêtements intérieurs combustibles

Questions concrètes:

  • les surfaces apparentes sont-elles quantifiées et compatibles avec le concept et les exigences AEAI?
  • les surfaces bois apparentes ou revêtements combustibles sont-ils admis dans les voies d’évacuation selon l’affectation, la hauteur et le concept?

Documents attendus:

  • plans
  • surfaces
  • compositions types des planchers et des parois

Assemblages et zones d’appuis

Question concrète:

  • les ferrures, protection des zones d’appuis et connexions sont-elles protégées ou justifiées?

Documents attendus:

  • détails d’exécution
  • domaine d’application des produits
  • points de contrôle

Raccords des éléments formant compartiment coupe-feu

Question concrète:

  • les raccords entre les parois formant compartiment coupe-feu avec les dalles ou les façades sont-ils prévus?

Documents attendus:

  • détails d’exécution qui prennent en compte les jeux de montage et le phénomène de retrait/gonflement des matériaux

Techniques du bâtiment et obturations coupe-feu

Question concrète:

  • les gaines, conduites et obturations sont-elles traitées avec des systèmes testés ou justifiés pour le support concerné, dans leur domaine d’application réel?

Documents attendus:

  • plan de percements
  • fiches systèmes
  • rapports d’essais ou attestations
  • domaine d’application
  • détails de pose
  • contrôle d’exécution

Façades bois

Question concrète:

  • le système de façade, le type de revêtement, la lame d’air ventilée, la sous-construction, les ouvertures, les angles, les raccords et les mesures d’interruption de la ventilation sont-ils compatibles avec les objectifs de limitation de la propagation du feu?

Documents attendus:

  • coupe façade
  • matériaux
  • détails d’interruption de la ventilation
  • raccords aux dalles
  • prise en compte des ouvertures
  • des angles rentrants
  • balcons
  • etc.
C. Mesures organisationnelles

La phase chantier constitue un point d’attention particulier pour les constructions bois. À ce stade, le bâtiment n’a pas encore atteint son niveau de sécurité final: les compartiments coupe-feu peuvent être incomplets, les installations techniques de protection incendie ne sont pas encore en service et les voies d’évacuation ou d’intervention peuvent évoluer au fil des travaux. La présence d’éléments bois préfabriqués en plus des matériaux de second œuvre, d’emballages ou de déchets de chantier représente une charge thermique potentiellement importante. Une attention toute particulière doit donc être portée aux mesures organisationnelles: gestion stricte des travaux par point chaud, permis de feu lorsque nécessaire, surveillance après travaux, interdiction ou limitation des sources d’inflammation, stockage ordonné des matériaux combustibles, évacuation régulière des déchets, maintien et évolution si nécessaire des accès pour les sapeurs-pompiers et disponibilité des moyens d’extinction provisoires. La sécurité incendie du chantier doit être anticipée dès la planification et doit s’adapter à chaque étape d’avancement du bâtiment.

Conclusion

La construction bois constitue une réponse pertinente à des objectifs de durabilité et d’industrialisation de la construction. Elle permet d’atteindre un niveau de sécurité incendie élevé, y compris dans des projets ambitieux, si l’analyse ne banalise pas la combustibilité du matériau et si les mesures prévues sont réellement maîtrisées.

Pour les autorités comme pour les propriétaires avec leur équipe de projet, l’enjeu principal consiste à poser les bonnes questions au bon moment. Une construction bois bien conçue ne doit pas être freinée par principe; une construction bois insuffisamment documentée ne doit pas être acceptée par habitude ou par confiance générale dans le système.

Points clés

  • la construction bois est compatible avec un niveau de sécurité élevé, pour autant que le risque soit analysé et documenté dès l’avant-projet et pour toute la durée de vie du bâtiment
  • le comportement au feu du bois est relativement prévisible, notamment grâce à la carbonisation progressive, mais cela ne règle pas à lui seul la question des détails constructifs
  • les assemblages, joints, traversées techniques, façades et surfaces bois apparentes sont des points sensibles à contrôler
  • la phase chantier doit être traitée comme une phase de risque spécifique, car les mesures de protection définitives ne sont pas toujours opérationnelles
  • le dossier final remis au propriétaire doit permettre l’entretien et éviter les modifications ultérieures non maîtrisées

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