
Le mardi 23 juin 2026, de 11h00 à 12h30, les locaux de la Fédération Vaudoise des Entrepreneurs (FVE) ont accueilli une conférence dédiée aux entreprises de maçonnerie et de paysagisme.
Face à l'intensification des précipitations, les paysagistes et maçons doivent transformer leur approche de la gestion des eaux de surface sur la parcelle. L'objectif est de délaisser l'évacuation systématique au profit d'une stratégie de rétention et d'infiltration garantissant la sécurité du bâti.
En valorisant la perméabilité des sols, ces professionnels renforcent la résilience urbaine et créent de nouveaux îlots de biodiversité. Les échanges se sont prolongés de manière informelle lors d’un apéritif dînatoire convivial, renforçant le réseautage entre les experts de l'ECA et les entreprises spécialisées (Eltel, Paysagestion).
Introduction: l'eau, de menace à alliée
Le changement climatique, marqué par une recrudescence d'épisodes pluvieux extrêmes, confronte les professionnels de la construction à l'échec fonctionnel des systèmes de drainage traditionnels. Trop longtemps, l'eau de pluie a été traitée comme un «déchet» à évacuer au plus vite. Cette vision obsolète conduit aujourd'hui à la saturation chronique des Plans généraux d’évacuation des eaux (PGEE) et au non-respect de l'état de la technique, notamment la norme SIA 261/1 concernant les charges sur les structures porteuses et la protection du bâti.
Lorsque les réseaux saturent, le risque de refoulement ou d'inondation par ruissellement de surface devient critique. Les terrasses submergées et les infiltrations en façade ne sont pas seulement dues à l'intensité de la pluie, mais souvent à des obstructions (boue, sable, feuilles, grêle) ou à un dimensionnement insuffisant des évacuations. Pour l'aménageur, le défi consiste à passer d'une logique de rejet à une logique de gestion à la source, transformant l'eau de pluie en une ressource capable de régénérer le vivant, tout en assurant la robustesse des constructions.
Les trois piliers de la gestion durable: retenir, ralentir, infiltrer
Une stratégie efficace repose sur une cascade de principes techniques qui visent à imiter le cycle naturel de l'eau, même en milieu fortement anthropisé:
Retenir
Il s'agit de capter l'eau immédiatement au point de chute. Cela nécessite des ouvrages de stockage temporaire comme des fosses à impluvium (situées sous les surfaces minérales) ou des bassins de rétention. L'objectif est d'écrêter les pointes de débit pour ne pas surcharger les collecteurs.
Ralentir
En freinant la course de l'eau en surface, on limite son pouvoir érosif et sa capacité à transporter des sédiments obstruants. Les noues végétalisées, les haies et le maintien de pelouses hautes agissent comme des freins hydrauliques naturels.
Infiltrer
C'est la restitution finale à la nappe phréatique. Attention: l'infiltration n'est possible que si le sol possède une porosité réelle. Une pelouse compactée par les engins de chantier est presque aussi imperméable qu'une dalle béton. La réussite de ce pilier repose sur un sol vivant, décompacté et riche en matière organique.
Solutions techniques et bonnes pratiques pour le terrain
Pour les maçons et paysagistes, la mise en œuvre de solutions durables exige une compréhension fine de la topographie et de la science des sols. Le tableau ci-dessous synthétise les mesures à privilégier:
| Solution technique | Rôle principal | Impact sur la prévention |
|---|---|---|
| Redirection des pentes* | Éloigner l'eau des constructions | Prévention directe des sinistres et des infiltrations en façade |
| Décompage + matière organique | Restaurer la porosité biologique | Maximisation de l'infiltration; évite la formation de flaques et la stagnation |
| Jardin de pluies / noues | Stockage et guidage | Ralentissement des flux; évite la saturation des grilles et avaloirs |
| Pelouse haute (8-12cm) | Absorption de surface | Capacité d'absorption 4x supérieure à celle d'un gazon ras; limite le ruissellement |
| Revêtements durs perméables | Circulation sans ruissellement | Pavés à joints larges ou béton poreux; réduit la charge hydraulique des réseaux |
Ces dispositifs permettent non seulement de gérer les volumes, mais aussi de prévenir l'obstruction des réseaux par les déchets verts ou les sédiments, cause fréquente de sinistres lors d'orages violents.
Étude de cas: le quartier des Plaines-du-Loup (Lausanne)
Le projet des espaces publics du PA1 des Plaines-du-Loup constitue une référence majeure en Suisse romande pour l'application de la «paysagestion».
- bilan des surfaces: sur un périmètre total de 42’494 m2, le projet a réussi l'exploit de maintenir ou créer 28’832 m2 de surfaces perméables, soit 68% du site
- ingénierie de rétention: pour gérer les 13'662 m2 restants de surfaces imperméables, des dispositifs de stockage invisibles ont été installés; les fosses à impluvium, situées sous les trottoirs et les placettes minérales, récoltent les eaux de 5’018 m2 de surfaces dures, permettant de retenir 170 m3 d'eau avant infiltration ou rejet contrôlé
- performance hydraulique: grâce à cette gestion en cascade (noues de rétention, bassins d’acheminement), le bilan est sans appel: 72% de l'eau totale (soit 1’038 m3) est infiltrée naturellement; le taux de rejet direct vers le réseau public est tombé à seulement 4%, une très bonne performance

Conclusion et points clés
- sécurité financière et soutien: une gestion intelligente en amont diminue drastiquement les dégâts matériels coûteux; c'est précisément pour cette raison que le Fonds d'encouragement éléments naturels de l’ECA soutient ces mesures; investir dans la prévention à la source est plus rentable que de financer des rénovations post-sinistres répétitives
- valorisation du patrimoine: un bien immobilier protégé contre les aléas climatiques et doté d'aménagements durables voit sa valeur augmenter sur le long terme
À retenir:
- priorité absolue au décompactage: un sol vivant est le meilleur outil de drainage; l'apport de matière organique est indispensable pour restaurer la porosité
- rendre les surfaces minérales actives: privilégier les revêtements durs mais perméables (joints herbeux, dalles drainantes) pour réduire l'imperméabilisation
- gestion naturelle du gazon: sensibiliser les clients au maintien d'une pelouse haute (8-12 cm) pour absorber 4 fois plus d'eau
- végétaliser pour drainer: utiliser les arbustes et vivaces pour leur capacité d'interception et d'infiltration racinaire
- optimiser le financement: les mesures de prévention efficaces peuvent bénéficier d'un soutien financier via notre Fonds d'encouragement éléments naturels