Focus technique - mars 2025

Incendie et éléments naturels: s’unir pour mieux prévenir!

Focus technique – mars 2025

Les incendies ont représenté, au cours du XIXe siècle, le principal risque pour les bâtiments. Cependant, depuis quelques années, les catastrophes naturelles deviennent de plus en plus fréquentes et les conséquences pour les populations, l’économie et les bâtiments sont dévastatrices.

Contexte

La Suisse a toujours connu ces phénomènes naturels qui ont causé d’importants dommages. Les dramatiques avalanches de l’hiver 1950/1951 ont montré l’importance d’une assurance contre les dommages naturels. Ainsi, en 1953, les assureurs incendie ont inclus pour la première fois les dégâts causés par les forces de la nature dans leurs polices d’assurance incendie.

L’augmentation et l’intensification de ces phénomènes, l’évolution des techniques et des matériaux de construction, ainsi que la croissance démographique, accroissent le risque et la vulnérabilité des bâtiments. Dans de nombreux cas, la planification en amont des dangers liés aux élément naturels et la mise en place des mesures de protection incendie deviennent un réel défi, rarement coordonnées, par les différents acteurs du projet.

Références normatives incendie vs éléments naturels

Incendie

Tous les projets de construction sont examinés par une autorité d’un point de vue protection incendie. En Suisse, la protection incendie répond aux prescriptions de protection incendie de l’Association des Établissements cantonaux d’Assurance Incendie (AEAI). Leur application est obligatoire dans tous les cantons de Suisse. Les prescriptions de protection incendie sont constituées d’une norme et d’un ensemble de directives avec un caractère obligatoire, ainsi que des notes explicatives, des aides de travail et des «états de la technique».

Eléments naturels

Tout projet de construction exposé à un danger naturel gravitaire tel que défini par la cartographie cantonale doit obtenir une autorisation spéciale de l’ECA (art.120 LATC), en vue de l’obtention du permis de construire délivré par l’autorité communale.

Le niveau de sécurité requis par l’ECA dans le cadre de l’autorisation spéciale est défini dans la Directive D15. Dans ce cadre, en tant qu’autorité cantonale, l’ECA peut exiger qu’une Évaluation Locale de Risque (ELR) soit réalisée par un spécialiste en matière de dangers naturels et que des mesures de protection soient mises en œuvre. Cette exigence s’applique en cas de déficit de sécurité, selon la situation de danger à la parcelle, le type de construction et son exposition aux dangers naturels.

Enfin, il existe des normes de construction à considérer dans les projets :

  • SIA 261 «Actions sur les structures porteuses » ;
  • et SIA 261/1 «Actions sur les structures porteuses – Spécifications complémentaires ».

Ces deux normes fixent les exigences en protection des bâtiments contre la grêle, la pression de la neige et tous les dangers naturels gravitationnels (crues / ruissellements de surface, glissements de terrain, chutes de pierres, laves torrentielles et avalanches).

Étapes d’un projet de construction ou de rénovation

Consulter les étapes d'un projet de rénovation/construction

Lors d’un projet, chaque acteur définit les mesures de protection nécessaires contre l’incendie et les éléments naturels. Trois dangers naturels majeurs demandent une attention particulière en termes de coordination entre le RAQ (Responsable Assurance Qualité) en charge de la protection incendie et le spécialiste en dangers naturels:

  • les inondations et les chutes de pierres en ce qui concerne l’enveloppe et la structure porteuse du bâtiment
  • les glissements de terrain pour tout ce qui touche à l’enveloppe du bâtiment

Le responsable de projet devra intégrer dès les premières étapes les mesures de protection nécessaires. Il adoptera une vision globale du projet et interviendra à différentes phases de la construction, comme l’illustrent les encadrés rouges du tableau ci-dessus.

Dans certains cas, les objectifs des mesures de protection contre les dangers naturels peuvent être en contradiction avec ceux de la protection incendie. Alors que cette dernière vise, par exemple, à évacuer rapidement le bâtiment pour garantir la sécurité des occupants, la protection contre les dangers naturels privilégie leur confinement à l’intérieur afin de les mettre à l’abri.

Même si la survenue simultanée d’un incendie et d’une catastrophe naturelle est rare, cette possibilité doit être prise en compte pour le bon fonctionnement de certaines installations. Par exemple, les sources d’alimentation électrique doivent rester opérationnelles en toutes circonstances.

Les mesures à prendre peuvent donc être différentes et même en opposition, pourtant l’objectif reste le même:

  • protection incendie: évacuer le bâtiment dans les meilleurs délais
  • dangers naturels: rester en sécurité à l’intérieur du bâtiment

Cas concrets – Rénovation d’un bâtiment situé en zone de danger inondations avec un concept de protection incendie

Cas numéro 1

L’étanchéité du sous-sol face à une crue tricentennale est assurée par une barrière de protection automatique installée à l’entrée de la rampe de parking. Cependant, cette barrière pourrait bloquer les occupants lors de l’évacuation en cas d’incendie. Grâce à la collaboration entre le spécialiste des dangers naturels et le responsable de la sécurité incendie (RAQ), une sortie de secours supplémentaire a été aménagée, reliant le sous-sol à une voie d’évacuation verticale, afin de garantir une évacuation en toute situation.

Cas numéro 2

Dans ce bâtiment, il est essentiel de respecter les normes de sécurité incendie, notamment en assurant une bonne extraction de la fumée et de la chaleur tout en permettant l’entrée d’air frais. Les experts en sécurité incendie et en gestion des risques naturels ont collaboré pour s’assurer que ces ouvertures d’aération ne compromettent pas l’étanchéité du bâtiment en cas d’inondation Ainsi, pour éviter que l’eau ne s’infiltre dans les sous-sols, l’expert en éléments naturels a suggéré de placer ces ouvertures en hauteur. Cette solution a été conçue de façon à répondre aussi aux exigences de protection incendie définies par la norme DPI 21-15, garantissant ainsi une évacuation efficace des fumées et de la chaleur depuis le sous-sol.

À retenir

Dès le début du projet, il est essentiel que le responsable identifie si la construction se situe dans une zone exposée à des dangers naturels. Le cas échéant, il doit faire appel à un expert compétent pour évaluer ces risques de manière globale.

Une bonne coordination entre les professionnels de la prévention incendie et éléments naturels permet d’intégrer, dès la phase de conception, les solutions les plus adaptées à l’exploitation du bâtiment. Cela contribue à assurer le bon déroulement du projet. En effet, la mise en place de mesures correctives en cours ou en fin de projet s’avère souvent coûteuse et moins efficace.

En fin de compte, cette synergie permet de développer des solutions plus robustes et pérennes, qui protègent d’abord les vies humaines, puis les bâtiments et les biens. Les architectes, ingénieurs et professionnels de la construction et de la sécurité doivent travailler ensemble pour intégrer ces considérations dès la conception des bâtiments, afin de garantir une protection optimale contre les divers risques auxquels ils peuvent être exposés.

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